Aujourd’hui, ce loisir revient en force, particulièrement en Angleterre et
en Espagne, où existent de nombreux clubs. Des compétitions on ne peut
plus sérieuses sont organisées tout au long de l’année, avec des
règlements draconiens qui autorisent des commissaires pointilleux à
peser, mesurer ou disséquer toute voiture suspecte. On peut citer par
exemple l’épreuve reine, les 24 heures de Bruxelles, qui voit
s’affronter sur un week-end des équipes venues de toute l’Europe.
Différents fabricants proposent un large éventail de modèles, de la
Formule 1 à l’endurance en passant par le rallye. Scalextric est
toujours présent, bien sûr, mais sa suprématie est menacée par des
marques comme Fly ou GB Track, qui offrent des voitures au réalisme
incroyable, respectant scrupuleusement le schéma de peinture des
véhicules originaux.

J’appartiens pour ma part à un club informel qui a coutume de se réunir le jeudi soir autour d’un circuit, dans un cadre propice à enflammer l’imagination des fanatiques du sport automobile des décades 60 et 70 que nous sommes : aux murs, des affiches originales des films "Le Mans", "Virage" ou encore "Grand Prix", des photos dédicacées de Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo ou Jackie Stewart, des plaques émaillées Castrol ou BP. Dans un coin, des volants Motolita sont entassés, attendant patiemment d’être montés sur une automobile classique. Dans une caisse s’empilent des antibrouillards Marchal, Lucas ou Cibié. Sur une étagère s’amoncellent des dizaines de boîtes de bougies Champion. Dans une vitrine, des miniatures soigneusement alignées retracent l’épopée des constructeurs Matra et Alpine. Une délicieuse ambiance règne, savant dosage entre le musée automobile et l’atelier d’Amédé Gordini !... Au beau milieu de ce bric à brac, le circuit déroule ses virages et ses épingles, avant de dévoiler sa longue ligne droite terminée par la dangereuse chicane Goodwood. Autour de la piste, des maquettes de stands, tribunes, tour de contrôle (uniquement des accessoires originaux, faut-il vraiment le préciser ?) accentuent le réalisme, Une multitude de figurines animent ce décor, mécanos aux aguets, journalistes en quête de scoop pour le journal du soir, spectateurs juchés sur les barrières, casquette de tweed vissée sur la tête.

Notre course du jeudi soir, c’est un rituel sacré que rien ne pourrait nous faire rater. Même si d’ordinaire nous goûtons les charmes d’une présence féminine, le jeudi soir se passe exclusivement entre hommes. Dès le vendredi matin, on pense à la course de la semaine suivante. Comme l’a si bien dit Steve McQueen : "Racing is life ! Anything that happens before or after is just waiting" (« La course, c’est la vie ! Tout ce qui se passe avant ou après, c’est juste de l’attente »). En arrivant, chacun sort fièrement sa voiture, une Ford GT40, une Ferrari 512S ou une Lola T70, exclusivement des modèles qui auraient pu s’affronter lors des grandes courses d’endurance d’il y a trente ans. Tout anachronisme est farouchement proscrit. On discute de tout et de rien, le boulot, les affaires de cœur, le dernier disque acheté, mais on observe du coin de l’œil la voiture de son futur adversaire, craignant de déceler une modification qui pourrait lui donner l’avantage : abaissement de l’aimant destiné à empêcher la voiture de quitter la piste, élargissement des passages de roues pour éviter tout frottement intempestif qui endommagerait les pneus, augmentation de l’écartement des roues pour augmenter la tenue de route dans les virages, que sais-je encore ? Quand il s’agit de gagner, l’imagination est sans limites. Nous sommes entre amis, mais le jeudi soir l’amitié cède le pas à l’esprit de la compétition, à l’envie d’en découdre pour montrer qui est le meilleur. Enfin les deux premiers concurrents glissent leur voiture dans le rail métallique, se serrent virilement la main - nous sommes entre gentlemen drivers, après tout -, les ramasseurs, dont le rôle est de remettre en jeu une voiture victime de la fougue de son pilote, se tiennent prêts, le commissaire entame le compte à rebours. Et c’est parti, les voitures bondissent en avant, les doigts se crispent sur les poignées, ça va très vite, les voitures (à l’échelle 1/43ème) bouclent un tour de circuit de 20 mètres de développé en une poignée de secondes, ce qui correspond à des vitesses réelles de 300 km/h environ. La course ne dure que quelques minutes, bientôt le compte-tours émet des bips stridents pour saluer le vainqueur, on se précipite pour lire les meilleurs temps. On échange quelques remarques, on se congratule, on se lance des défis, mais déjà les concurrents suivants s’alignent sur la grille de départ…

Voilà ce qu’est le slot racing, un loisir qui permet tout à la fois de satisfaire son goût pour la compétition, pour l’histoire de l’automobile, pour la technologie, même, et peut-être, de retrouver son âme d’enfant. Vous avouerez que c’est bien plus convivial que de s’énerver tout seul devant son écran de télévision, à triturer son joypad pour essayer de battre une voiture pilotée par un microprocesseur…
Impossible
de terminer un article sur le slot racing sans saluer bien bas mes
talentueux adversaires du jeudi soir : Roch the Mod, GoudurixYZ, Stan
the Man et Magic Hernandez. J'ose espérer arriver un jour à votre
niveau...